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Archives 2012-2017
Ministère de la Transition écologique et solidaire

COP21 : Introduction de la Journée de l’Action par Ségolène Royal

Mesdames, Messieurs,

Il me revient d’expliquer, le plus simplement possible pourquoi agir et comment agir.

Cette journée est un moment crucial du déroulement de la COP 21, et je n’oublie pas qu’au-delà de cette salle nous nous adressons aussi aux millions de citoyens de la planète, à travers internet notamment, qui ont envie de comprendre ce que nous faisons et surtout envie de participer au défi climatique.
 
Je crois que la démocratie citoyenne, la démocratie environnementale, nous conduisent à mettre à la portée de tous les connaissances pour pouvoir agir.
Car savoir c’est pouvoir, et le sens de cette journée de l’action, le sens de cette année de l’action, le sens de cette semaine, c’est vraiment d’entraîner toutes les forces vives dans tous les territoires et dans tous les pays.
 
Pour cela il faut bien comprendre, et le film que nous venons de voir dit déjà beaucoup de choses. Je voudrais simplement rapidement préciser et dire à chacun pourquoi agir et comment agir. D’abord la chose très simple que tout le monde connaît aujourd’hui mais qu’il faut redire, c’est que nous vivons comme si nous avions 3 planètes. 
 
Il faut donc arrêter trois mauvais comportements, et je prendrai pour chacun d’entre eux un exemple :
D’abord, il faut arrêter d’émettre le dioxyde de carbone qui vient des énergies fossiles. Un exemple : la mer monte trois fois plus vite qu’il y a un siècle. On a entendu au cours de ces journées, de cette année, le cri d’alarme des Etats insulaires. 
Ensuite, il faut arrêter la surexploitation, la dégradation accélérée, de la biodiversité. Deux exemples : 90% de la ressource en poissons a disparu alors qu’elle fait vivre des centaines de millions d’habitants de la planète. La forêt disparaît de 55 000 km² tous les 4 ans.
Troisièmement, il faut arrêter les pollutions. Un exemple, nous avons sur la planète cinq continents de plastique sous la mer. Pour un sac plastique à usage unique utilisé quelques minutes, on constate la destruction d’écosystèmes qui ont mis des millions d’années à se former. Je pense, par exemple, aux sacs plastiques qui étouffent les tortues marines.
 
Répondre à ces défis, arrêter ces 3 mauvais comportements permet de répondre à 3 grand défis humanitaires. Quels sont ces 3 grands défis ?
D’abord, les migrations climatiques. Ensuite les catastrophes sanitaires et l’extension des maladies, comme le paludisme ou Ebola. Et enfin les dégâts climatiques directs que tout le monde connaît ici et que tout le monde subit.
 
Mais il y a des bonnes nouvelles.
Car c’est cela l’Action day, c’est la bonne nouvelle. 
Car aujourd’hui, c’est la COP des solutions. 
Des solutions qui ont été travaillées pendant un an par plus de 10 000 personnes (organisations, associations, entreprises, territoires)
Quelles sont ces bonnes nouvelles ?
La bonne nouvelle, c’est que nous avons les solutions.
La bonne nouvelle, c’est que ces solutions sont efficaces. 
La bonne nouvelle, c’est que personne n’est épargné et donc que tout le monde doit agir. 
La bonne nouvelle, c’est qu’on a vu émerger avec les contributions des Etats un langage universel, qui fait qu’aujourd’hui tout le monde parle de la même chose et que plus personne ne conteste le réchauffement climatique.
La bonne nouvelle, c’est que les entreprises ont enfin compris que ne rien faire va coûter beaucoup plus cher qu’agir. 
La bonne nouvelle, c’est que tout le monde a compris que la croissance verte crée de la valeur, crée des activités économiques, crée de la croissance. 
La bonne nouvelle, aussi, c’est que l’on peut atteindre les mêmes objectifs en respectant les différences entre les pays, en respectant les cultures, en respectant les traditions.
La bonne nouvelle, enfin, c’est que toutes ces actions sont gagnantes.
Chaque citoyen du monde va comprendre, et a déjà compris pour la plupart d’entre eux, que chaque être humain a deux patries : la sienne et la planète et qu’ils ne jouent plus les uns contre les autres. 
Chacun a compris que lorsqu’on fait une bonne action contre son pays, en réduisant le réchauffement climatique, alors on fait aussi une bonne action pour la planète. 
Alors nous nous sommes rassemblés, nous avons travaillé, l’ensemble des ministres de l’environnement de la planète ont travaillé pendant cette année, pendant cette Action Week. 
Nous sommes juste à mi-chemin, au milieu de la COP. 
Au milieu, des négociations puisque les négociateurs vont rendre un texte aujourd’hui et que le segment ministériel va commencer. 
Au milieu de l’Action week, puisque l’Action week qui dure du 1er au 8 décembre va continuer lundi et mardi. 
 
Cette journée de l’action est une journée de rebond et de mobilisation : 12 domaines d’action ont été rassemblés et étudiés, ont fait l’objet de réunions, les salles ont été pleines depuis mardi. Il s’est passé des choses extraordinaires, des convergences extraordinaires. 
Sur ces 12 sujets que sont la forêt, l’agriculture, la résilience avec l’eau et l’océan, les transports propres, les bâtiments, la finance privée, la lutte contre la pollution, puis à partir de lundi l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les territoires et l’innovation. 
Pour entrer très concrètement sur un certain nombre d’actions, il y a d’abord eu la journée des chefs d’Etat le 30 novembre : ils ont engagé la semaine de l’action puisque 4 grandes initiatives ont été prises par les chefs d’Etat et de Gouvernement. 
 
D’abord, une grande initiative sur l’Afrique avec le droit de tout citoyen d’Afrique à accéder à l’électricité, la décision de la construction de la grande muraille verte en Afrique pour freiner l’extension du désert, des décisions concernant la lutte contre la disparition du lac Tchad. 
 
Ensuite, a été lancée au niveau des chefs d’Etat lundi après-midi l’alliance solaire internationale, et plusieurs pays sont déjà rassemblés notamment pour encourager les transferts de technologies entre le nord et le sud. 
 
Troisième grande initiative prise par les chefs d’Etat : la mission innovation, pour doubler à l’échelle planétaire les financements publics et privés dans l’innovation.
Et enfin la 4ème décision prise par les chefs d’Etat : la coalition pour le prix du carbone. La France a été leader sur ce sujet-là puisque nous avons déjà voté dans la loi française un objectif de 100 euros pour la tonne du carbone à l’horizon 2030. 
Ensuite, il y a eu énormément d’ateliers pendant la semaine. Avec Manuel Pulgar-Vidal, nous avons pratiquement assisté à tous les travaux. 
 
Quelques exemples :
- pour la lutte contre la déforestation, nous avons décidé 150 millions d’hectares restaurés d’ici 2020, et 400 millions d’hectares protégés en Amazonie. 
- pour l’agriculture, nous avons renforcé la protection de l’agriculture verte et la protection de l’agriculture locale. 
- pour l’océan, nous avons réussi à inscrire l’océan dans l’agenda des solutions avec des actions très concrètes, comme l’appel « Parce que l’océan » avec le WWF et la plateforme océan climat. 
- pour l’eau, nous avons signé le pacte sur l’eau et la gestion des fleuves qui engage désormais 280 partenaires. Nous avons vu dans le segment sur les véhicules propres, le lancement d’une action sur le transport zéro émission et sur la fabrication d’un véhicule électrique à moins de 7000 dollars. 
- pour la construction, nous avons constitué l’Alliance pour la construction et les bâtiments pour le climat, avec les bâtiments à énergie positive et la lutte contre le gaspillage énergétique. 
- pour la transition énergétique, la finance privée s’est mobilisée pour décarboner les portefeuilles, pour maîtriser et pour intégrer aux calculs économiques le risque climatique. 
- enfin, nous avons renforcé la lutte contre toutes les formes de pollution, notamment les HFC, le méthane et les particules fines.
 
Et lundi, nous prendrons des engagements sur les énergies renouvelables, avec l’Alliance sur la géothermie, avec le droit à l’électricité pour l’Afrique et sur les îles autonomes en énergie. Avec les territoires a énergie positive. 
Nous avons aussi replacé l’éducation au cœur du système. Dans l’espace Générations climat, il y a eu un très beau débat sur l’éducation pour que l’éducation et la culture soient inscrites dans l’accord.
 
Car pour reprendre cette belle expression de Nelson Mandela, dont nous célébrons aujourd’hui le 2ème anniversaire de la disparition, et c’est pourquoi nous avons donné son nom à la grande salle de l’espace de la société civile « générations climat », comme il le disait « l’éducation, c’est l’arme la plus puissante pour changer le monde ». 
Aujourd’hui, dans cette journée, c’est une sorte de concentré qui va vous être présenté en 3 thèmes : 
- protéger la planète,
- inventer les territoires,
- transformer les productions.
 
Il y a eu aussi ce très bel évènement avec les jeunes, pour les jeunes avec Christiana Figueres, et mardi est prévu un événement avec les femmes avec Mary Robinson.
Et je voudrais d’ailleurs remercier pour cette journée de l’Action Day tous les témoins qui vont participer, qui sont dans cette salle, tous ceux qui nous ont aidé à construire cette journée.
 
Une journée qui n’est pas un point d’arrivée mais qui est vraiment un nouveau départ, un moment d’accélération.
Pour une révolution verte dont les combattants seront de plus en plus nombreux à défendre le bonheur de l’humanité.
Permettez-moi pour finir de redonner à nouveau la parole à Nelson Mandela, rappelons-nous son message : « Aucun de nous en agissant seul ne peut atteindre le succès » car seul on peut aller vite mais ensemble on peut aller loin et même aller très loin. 
« Ça semble toujours impossible, disait-il, jusqu’à ce que on le fasse ». 
Et bien nous allons le faire.