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Discours de Madame Ségolène Royal : Université d’État de Moscou Conférence sur la transition énergétique et la COP21

Madame Ségolène Royal a prononcé un discours à l’Université d’État de Moscou le mardi 27 octobre 2015

Monsieur le Recteur,
Mesdames et Messieurs les Doyens,
Mesdames et Messieurs les chercheurs et les professeurs,
Chères étudiantes et chers étudiants de l’Université d’État de Moscou,

Je suis très heureuse d’avoir aujourd’hui l’occasion de m’adresser à vous
dans les murs de cette prestigieuse Université de Lomonossov
qui peut s’enorgueillir, m’a-t-on dit,
de pas moins de 11 Prix Nobel et 7 Médailles Fields
et qui témoigne que la Russie est, de longue date,
un pays de science et de recherches d’excellence
qui a donné au monde de grands savants.

Ils ont, dans de nombreux domaines, révolutionné nos connaissances
comme l’ont fait, par exemple,
Dimitri Mendeleiev et son tableau de la classification périodique des éléments,
Pafnouti Tchebychev, mathématicien spécialiste du calcul des probabilités
et de la théorie des nombres
ou, plus près de nous, Alexeïevitch Lebedev, pionnier l’informatique.
Sans oublier, bien sûr, Andreï Sakharov,
physicien nucléaire qui étudia dans votre université
et citoyen engagé qui reçut en 1975 le Prix Nobel de la Paix.

Et sans oublier non plus les grands climatologues russes
de renommée mondiale comme, par exemple,
Alexandre Woiekof au 19ème siècle ou Mikhaïl Boudyko au 20ème siècle,
dont le « Bilan thermique de la surface terre »
fut un texte fondateur de l’analyse du réchauffement climatique,
ainsi que les scientifiques russes impliqués dans les travaux du GIEC
auxquels nous devons d’avoir établi
la responsabilité des activités humaines dans la dérive du climat
et de nous aider à en anticiper les conséquences
pour reprendre en mains notre destin climatique en agissant sans tarder.

Ici, toutes les disciplines scientifiques se côtoient,
ce qui est bien dans l’esprit des multiples curiosités et activités
de celui dont votre université porte le nom
et qui fut la cheville ouvrière de sa création :
Mikhaïl Vassilievitch Lomonossov
qui était à la fois chimiste, physicien, astronome, historien, poète, linguiste et mosaïste et dont Pouchkine disait qu’il était à lui tout seul « la première université de Russie ».

Ici se forment les scientifiques de demain
et toute une génération qui exercera bientôt toutes sortes de responsabilités
dans le secteur public ou le secteur privé
et pour laquelle, je crois, la mutation énergétique,
la nouvelle économie climatique
et des relations plus harmonieuses avec la nature iront de soi.

Trop longtemps, en effet, nous avons considéré la nature
comme une réserve passive de ressources inépuisables,
à exploiter toujours plus et par tous les moyens,
avant de commencer à comprendre que,
dans la chaîne du vivant dont nous sommes tributaires et acteurs,
il nous fallait apprendre ou ré-apprendre
à traiter la nature en partenaire à ménager
d’un tissu de relations et d’interactions
dont l’économie ne peut pas s’abstraire car il en va de son efficacité même
et dont dépend non la survie de la planète
(qui s’est pendant longtemps fort bien passée de nous)
mais celle de l’espèce humaine aujourd’hui mise en demeure
de faire face aux conséquences de ses actes
en changeant ses manières d’être et de faire.


De tout cela, le changement climatique est le révélateur par excellence
et c’est au fond l’enjeu du prochain Sommet mondial de Paris :
saurons-nous décider ensemble
de réduire suffisamment nos émissions de gaz à effet de serre
pour maintenir le réchauffement climatique en deçà de 2 degrés
car au-delà, la situation risque de n’être plus maîtrisable ?
Saurons-nous en prendre les moyens effectifs
et engager, à l’échelle planétaire, une grande transformation énergétique
dont tout, autour de nous, nous dit l’urgence croissante ?
Saurons-nous en faire le levier d’une troisième révolution industrielle,
numérique et climatique, économique et écologique, culturelle et sociale ?
Une révolution pacifique mais une révolution quand même
car ce dont il s’agit, ce n’est pas de verdir superficiellement
telles ou telles de nos activités
mais de nous engager dans un nouveau modèle de développement
qui est aussi un nouveau modèle de société et de civilisation.

Télécharger l’intégralité du discours (PDF - 113 Ko)